1 Le choix est collectif, la recherche ne l'est pas
C'est la particularité du métier, et elle change complètement la nature du travail. Dans un restaurant, celui qui réserve décide souvent seul ou à deux. Dans un bar, la décision se négocie dans une conversation de groupe, souvent par messages, et une seule personne se charge de proposer.
Cette personne est votre véritable cible, et elle est dans une position inconfortable : elle doit répondre à des objections qu'elle n'a pas formulées. Y aura-t-il de la place, est-ce qu'on s'entend parler, est-ce qu'on peut manger, est-ce que c'est cher, est-ce que c'est loin du métro. Un site qui répond à ces six questions lui donne des arguments, et elle propose votre adresse plutôt qu'une autre.
2 Ce qu'elle doit pouvoir défendre
Les objections sont toujours les mêmes, et presque aucun bar n'y répond en ligne. Trois lignes suffisent pour chacune.
La place pour un groupe
Combien de personnes peuvent s'asseoir ensemble, y a-t-il une grande table, faut-il prévenir au-delà d'un certain nombre. C'est la première question posée et la plus rarement traitée. Indiquer qu'on peut accueillir huit personnes sans réservation vaut plus qu'une page entière sur la sélection de bières.
Le niveau sonore
Personne n'écrit jamais cela, et tout le monde se le demande. Un groupe d'amis qui ne s'est pas vu depuis un an ne veut pas crier ; une bande qui sort pour la soirée veut au contraire de l'ambiance. Dire franchement à quel moment votre établissement est calme et à quel moment il ne l'est pas vous rend utile aux deux.
De quoi manger
La question qui fait basculer la décision en fin de journée. Avez-vous des planches, une cuisine, jusqu'à quelle heure, et de quoi nourrir quelqu'un qui n'a pas dîné. Un bar qui le précise capte les groupes qui hésitaient entre boire et manger, c'est-à-dire la majorité.
Qu'il faille plaire à tout le monde. Un bar qui annonce clairement qu'il est bruyant, sans cuisine et sans grande table écarte les groupes qui cherchaient autre chose, et c'est un service rendu aux deux parties. Les déceptions naissent des attentes mal posées, pas des établissements affirmés.
3 Les moments qui déclenchent la recherche
La demande n'est pas continue : elle se concentre sur quelques occasions précises, et chacune a son vocabulaire. L'après-travail en semaine, l'anniversaire à organiser, le départ d'un collègue, le samedi soir, le dernier verre après un spectacle.
L'happy hour mérite un traitement à part, parce que c'est probablement la recherche la plus volumineuse du secteur et l'une des plus mal servies. Les horaires exacts, les jours concernés et ce qui est inclus sont rarement écrits noir sur blanc, alors que c'est précisément ce que la personne qui propose a besoin de citer dans sa conversation de groupe.
4 Le match, la demande la plus mal servie
« Où voir le match » est une recherche massive, récurrente, à intention immédiate, et les bars parisiens la traitent presque tous de la même façon : une publication sur un réseau social le jour même, qui disparaît le lendemain et n'apparaît dans aucun résultat.
Une page permanente indiquant quelles compétitions vous diffusez, sur combien d'écrans, s'il faut arriver en avance et si vous ouvrez spécialement pour certaines rencontres, se positionne une fois et travaille pendant des saisons entières. C'est un public qui vient en groupe, qui consomme beaucoup et qui revient à chaque match.
5 La privatisation, le ticket le plus élevé
Un anniversaire, un pot de départ, une soirée d'entreprise, un lancement associatif : la privatisation partielle ou totale représente le chiffre d'affaires le plus rentable du métier, pour une soirée qui aurait de toute façon eu lieu.
La recherche existe, elle est précoce, et celui qui organise compare trois ou quatre adresses. Il cherche des informations très concrètes : la capacité, le minimum de consommation, si l'on peut apporter un gâteau, s'il y a une sonorisation, et s'il est possible de faire venir des musiciens. Une page qui répond à cela remplace dix échanges de messages et vous met devant des concurrents qui font attendre une réponse.
6 La terrasse et le calendrier
À Paris, la terrasse est un critère de choix décisif pendant une bonne moitié de l'année, et elle est cherchée explicitement. Préciser son exposition, le nombre de places, si elle est chauffée et à partir de quand elle est installée capte une demande saisonnière très forte.
Le reste du calendrier suit la même logique. Les longs week-ends, les fêtes, les périodes où le quartier se vide : indiquer clairement ce que vous faites ces jours-là évite les portes closes et les déceptions, et vous distingue au moment où presque tout est fermé autour.
Une clientèle étrangère qui ne connaît pas les usages
Le bar français déroute une partie des visiteurs. On commande au comptoir ou à table selon l'endroit, le prix change selon où l'on s'assoit, le pourboire ne fonctionne pas comme chez eux, et l'heure de fermeture ne correspond pas à leurs habitudes.
Quelques phrases lèvent ces malentendus et transforment un groupe hésitant en table occupée. Notre guide sur l'écriture pour le visiteur étranger explique où passe la limite entre traduire et réécrire.
À faire cette semaine
Écrivez les six réponses : capacité d'un groupe, niveau sonore selon l'heure, ce qu'on peut manger et jusqu'à quand, horaires de l'happy hour, terrasse, et conditions de privatisation. Une page, une heure de travail. C'est exactement ce que la personne qui propose votre adresse à cinq autres a besoin de pouvoir citer. Et si vous doutez encore que la démarche vaille la peine pour votre activité, notre guide faut-il investir dans le référencement pose la question sans détour.